Aïcha

         

                           Mes mots se cognent au mur et deviennent linceul

                    Ils ont pris l'habitude d'être dévorés par le vautour,

                                   Mes mots sont devenus vautour.

 

            Un jour la flûte a chanté. C'était un son venu d'ailleurs qui laissait une flèche dans chaque coeur. Il a transpercé le mur qui refusait de se prosterner. Une étoile est sortie et toute une vie elle a suivi le mage, suivi le chant. Elle a parlé avec les chameaux du désert qui l'aimaient beaucoup car elle leur apportait chaque fois un peu de poudre de soleil dont ils raffolaient, qui leur donnait les yeux jaunes et faisait pousser leurs cils. On n' a pas suffisamment parlé de la coquetterie des chameaux. Elle a appris le langage des oiseaux, des gazelles, des scorpions.

         Dans toutes les villes on la reconnaissait et chacun lui offrait des oranges, du pain trempé dans du lait de chèvre qui est signe d'adoption, des dates pilées dans du miel.

        Et toujours l'étoile suivait le mage. Une nuit, elle s'éveilla trempée de sueur, les membres endoloris. Le son, elle ne l'entendait plus, elle le chercha partout, sous les pierres, dans les arbres. Elle avait mal, très mal, elle avait peur, très peur. Ce vide en elle était insupportable.

     Elle se mit à crier : "Son, où es-tu ?" Mais sa voix se perdait dans l'obscurité noire, épaisse, inquiétante. Elle se jeta sur le sable en sanglotant. Elle s'endormit les larmes plein la bouche. Aux premières lueurs de l'aube, à la douleur qu'elle ressentit, au goût amer sur ses lèvres, elle sut qu'elle n'avait pas rêvé : elle avait perdu à jamais son guide. Elle poussa un cri de détresse. Qu'allait-elle devenir ? Avant, elle ne se posait pas de questions, elle suivait, heureuse et sereine. Elle resta deux jours et deux nuits prostrée, ayant pour seul refuge cet arbre contre lequel elle se serrait. Elle ne voulait pas vivre, elle ne savait pas. Elle se désintéressait des oiseaux qui virevoltaient autour d'elle, du soleil radieux qui lui caressait les bras. Au troisième jour elle se leva, attirée par une lumière d'or qui semblait venir du petit ruisseau qu'elle avait surnommé "ruisseau de la beauté". Elle se pencha et le miroir lui renvoya l'image d'une personne qu'elle ne reconnut pas et qui lui fit peur tant son visage était ravagé de tristesse et d'amertume. Effrayée, elle allait se retirer quand soudain l'eau se troubla. Des petits grains d'or montèrent à la surface et formèrent une ronde lumineuse. Curieuse, elle regarda à l'intérieur du cercle et vit une fleur resplendissante de beauté et de lumière. Elle plongea son bras dans l'eau, en sortit la Merveille, et reconnut la Fleur Eternelle.

     C'était un cadeau du mage, elle le savait. Elle déposa un baiser sur les pétales scintillants, enfila l'objet précieux à l'intérieur de sa chemise, là où elle avait le plus mal.

        Revigorée, un sourire sur les lèvres, elle sut que désormais elles ne se quitteraient plus, elles feraient route ensemble.

NKL