Je vais faire de la biothérapy. Longtemps dans ma tête je l’orthographiais comme le billot, vous savez la chose sur laquelle on mettait la tête d’un condamné pour le décapiter. Mais là,  c’est pas ça du tout, c’est  même le contraire. Ma tête qui branle de toutes parts, qui refuse sa majesté, hé bien, grâce à la bio, elle va enfin jeter l’ancre sur mes épaules. La bio c’est l’anti-billotine. Tout ce qui cloche en moi, tout ce qui est essoufflé, bousillé, calciné, tout ce qui est noirci de moi, blanchi de moi, tout cela grâce à la bio, ça va refaire surface, je vais m’écumer en quelque sorte. Mon corps intérieur, extérieur, je vais le faire parler dans son bien, dans son mal, le faire pâlir, s’époumoner, s’ablutionner. Ma parole va enfin se délivrer car il ne fait aucun doute que je la retiens prisonnière et qu’elle tape du pied, et qu’elle veut sortir, elle veut être là elle aussi, avoir voix au chapitre. C’est sûr  je ne vais plus pouvoir la retenir car la biothérapy c’est un lieu de parole, de parole du corps, de parole de l’esprit, de parole-parole. 

                D’abord, j’voulais pas y aller, j’ai vachement hésité. Lâcher ma parole qui me tient chaud depuis si longtemps ça demande une certaine témérité. Et puis, ça lui ferait plaisir et j‘aime pas lui faire plaisir. Elle me supplie depuis des années. La garce, elle voudrait bien me lâcher, me laisser en plan et vagabonder, à sa guise, parmi les fleurs. Mais moi, j’ lui dis toujours : « dehors, y’a le loup, t’as envie de te faire bouffer par le loup ?» Elle me répond tout le temps  la même chose : «  Y’a peut-être le  loup, mais y’a aussi des fleurs et j’ai tellement envie de voir les fleurs. » « Des fleurs à tête de loup que je lui réponds ! » Et vlan ! Je lui fous la frousse. Docilement, elle retourne à sa vieille sécurité que je suis, car moi je ne veux que son bien.

                Vous comprenez mon hésitation. Me retrouver là, vidée comme une moule, le froid me grignotant les tripes. J’ai toujours eu peur du froid. Le froid, ça pénètre dans mon dedans, ça touche à tout mon intérieur. C’est sans-gêne le froid ! ça insiste sur mon vide. Le chaud au contraire c’est…chaud. On est bien, enveloppé ; on est rond, ça remplit bien. On se sent plein. Moi, j’aime le chaud, j’aime tellement que lorsque j’étais petite je voulais voir combien je tiendrais et combien j’aimerais. Je me mettais sous la douche brûlante et je jouais à Jeanne d’Arc au bûcher. Qu’est-ce que je tenais bien ! J’aimais savoir que j’aimais ! Enfin, j’aimais jusqu’à une certaine limite. Quand mon corps avait pris l’allure d’un homard, j’ouvrais alors l’eau froide pour éteindre l’incendie. Car le chaud quand c’est trop chaud, ça brûle.

                Parfois, c’est ce que je ressens avec ma parole que je garde au chaud. Elle se fait lourde, elle pèse, elle me brûle l’estomac, elle appuie sur mes intestins, ce qui me fout des diarrhées, sur le coeur, ce qui me fait suffoquer. Elle me livre de ces combats ! C’est pour ça que je me suis décidée pour la biothérapy. Je me suis dit : « Voyons voir un peu ce qui va se passer si je la laisse sortir! Peut-être qu’après tout, elle ne se fera pas bouffer par le loup, peut-être qu’après tout, elle pourra faire plein de choses avant cette échéance et puis aussi peut-être qu’après tout, je ne vais pas rester moi, comme  une coquille vide.

                        Tu ne vois pas que dans cette affaire, on s'y retrouverait toutes les deux !!!

NKL