Danse

Danse, NKL 

          Leila, la belle courtisane, continuait sa danse sans se soucier des acclamations, des hommes aux yeux dilatés qui la suivaient, comme fascinés par tant de beauté. Ses hanches vibraient à la cadence du cheval fou emballé et ses épaules nues au velouté incomparable s'agitaient comme prises d'un désir violent, d'un feu brûlant que nul ne se sentait l'envie d'éteindre et qui enflammaient la salle entière. Elle devenait Leila la Divine. Personne n'aurait osé la toucher, l'interrompre. C'était son moment à elle, le seul où elle pouvait laisser exploser, expulser sa douleur. Sa danse était plus qu'une parole, c'était un cri. C'était toute sa blessure qu'elle étalait, plaie brûlante qui s'étendait à toute l'assemblée. L'un portait la main à son coeur, l'autre se tenait le ventre, un autre la tête mais tous ressentaient la Blessure que Leila leur communiquait ; plus elle s'enfonçait dans leur chair, plus ils s'excitaient dans une inquiétante ivresse. Elle avait le don de les mettre à nu et de faire jaillir, hors d'eux, une vérité qu'ils ne soupçonnaient même pas. Elle devenait alors Leila la Magicienne. Et soudain, tel un rêve, elle disparaissait, laissant les spectateurs suspendus dans une muette stupéfaction.  NKL